La littérature jeunesse musulmane contemporaine

Les livres ? De nos jours, ils sont un peu laissés à l’abandon voire même rangés dans les cartons. Pourtant, ils devraient être nos amis de tous les jours, de véritables compagnons de vie. Dans le Coran, Allah nous dit : « Iqrâ’ », qui signifie « Lis ». Ce premier commandement nous montre l’importance du savoir et de la lecture en islam. Les livres sont plein de super-pouvoirs, ils nous font voyager, méditer ; ils nourrissent notre culture générale et ils nous font grandir intellectuellement, émotionnellement et humainement. Comme le disait Victor Hugo : « Chaque homme qui lit devient meilleur. ». Les livres nous amènent aussi à réfléchir sur nous-même, sur nos choix, sur notre vie…

Lire c’est bien ; mais lire des œuvres dans lesquels on se reconnaît, c’est encore mieux. Ces dernières années, de nombreuses autrices et auteurs musulmans ont émergé. Ils offrent à la jeunesse, des écrits à travers lesquels les jeunes peuvent s’identifier à des personnages qui leur ressemblent et qui partagent les mêmes valeurs. Leurs œuvres sont empreintes de respect, de spiritualité et de messages positifs. Elles abordent souvent des thématiques proches du quotidien des jeunes en alliant valeurs religieuses et vie moderne. On a ainsi le plaisir de lire des livres qui nous transportent tout en restant en accord avec notre religion.

Pour mieux comprendre les bienfaits de la littérature musulmanes contemporaines, j’ai posé une question à trois autrices que j’affectionne particulièrement tant leurs ouvrages m’ont touchée : Sanda Bouabdellah, Sandy Ngolo et Nour Siraj.

La question est la suivante :

« En tant qu’autrice, qu’est-ce qui t’inspire à écrire pour la jeunesse musulmane ? »

Réponse de Sandy Ngolo (autrice du roman Le printemps de mon cœur et d’autres) :

« Ce qui m’a inspirée et qui continue de m’inspirer encore aujourd’hui, c’est avant tout mes enfants. Aujourd’hui les plus grands ont 16 et 14 ans alhamdoulillah, et je me rappelle que les premiers livres musulmans que j’ai acheté lorsque j’attendais ma première fille ! C’était mon rêve de partager mon amour pour la lecture avec mes enfants. Je leur ai toujours acheté des livres, depuis tout petits mais j’étais triste de voir qu’il y avait si peu de choix dans la littérature jeunesse musulmane. J’étais également fatiguée de devoir toujours examiner les livres à la loupe pour ne pas qu’ils lisent des choses contraires à notre religion et notre croyance. 

En tant qu’adulte, j’ai encore des souvenirs de mes livres préférés que j’aimais lire, relire et emprunter, des livres de référence qui traversent les décennies et parfois même les époques. Je me suis dit que ce serait vraiment magnifique que les enfants aient des livres qui parlent d’Allah, de Ses prophètes, qui les éveillent à la foi, aux bonnes manières, qui leur apprennent la Sunna et que ces mêmes livres deviennent des références : les références des enfants musulmans.

Alors j’ai commencé par un premier livre, sans grandes ambitions. Je me disais que s’il plaît à mes enfants c’est déjà super et puis si quelques enfants peuvent en profiter ce serait encore plus génial. Et puis j’ai finalement pris goût à l’écriture. Depuis 2018, j’ai écrit des dizaines d’histoires et j’en ai illustré d’autres alhamdoulillah et je suis très reconnaissante envers mon Seigneur, de pouvoir toucher les cœurs des petits et des plus grands avec mes écrits.

Aujourd’hui, mes enfants continuent de m’inspirer ainsi que tous mes petits lecteurs que j’ai le plaisir de croiser ou de lire lorsqu’ils prennent le temps de m’envoyer des petits messages.

Réponse de Sanda Bouabdellah (autrice des romans Les deux petits carnets bleus et Le secret du Bookshop ainsi que d’autres ouvrages) :

Ce qui m’inspire à écrire pour la jeunesse musulmane, c’est avant tout le désir de lui offrir des histoires dans lesquelles elle peut se reconnaître.

C’est d’abord en tant que maman acheteuse de livres que j’ai ressenti un manque dans la littérature jeunesse en général. Peu de personnages avec des prénoms musulmans, peu de récits qui reflètent la réalité des familles musulmanes : leurs valeurs, leurs questionnements, leurs joies, leurs défis, leurs peines aussi.

Écrire pour les enfants et les ados de ma communauté, c’est pour moi une manière de dire : « Vous avez votre place. Votre identité est belle. Votre histoire mérite d’être racontée. »
A mon humble échelle, je veux transmettre des messages, nourrir l’imagination, renforcer la confiance en soi et ouvrir des horizons. J’espère de tout cœur que mes livres pourront être un refuge, une source d’inspiration, en transmettant de l’émotion et en permettant à mes lecteurs de se voir entre mes lignes, de s’identifier à mes héros.

En somme, j’écris pour offrir aux jeunes musulmans les livres que j’aurais aimé trouver quand j’étais plus jeune : des histoires où la foi, la diversité et l’humanité se rencontrent naturellement. Des récits éthiques, qui offrent un moment d’évasion tout en respectant leur croyance, et célèbrent les différences. 

Réponse de Nour Siraj (autrice du Roman L’observatrice Tome 1 et 2) :

J’écris pour la jeunesse musulmane parce que je veux que mes enfants, et tous les jeunes de notre communauté, aient des livres dans lesquels leur foi et leurs valeurs ont toute leur place. Aujourd’hui, quand on est ado, on est vite plongé dans des histoires, des séries, des contenus qui parlent d’amour, d’apparence, de popularité, de réseaux sociaux… mais souvent sans tenir compte de la dimension spirituelle.

La littérature “classique” aborde déjà ces sujets, mais avec des repères et des modèles qui ne sont pas toujours en accord avec ce que nous, en tant que parents musulmans, souhaitons transmettre. Alors plutôt que de laisser uniquement ces récits-là façonner l’imaginaire de nos enfants, j’ai eu envie de proposer autre chose.

Ce qui m’inspire, ce sont ces enfants et ces ados qui essaient de rester fidèles à leurs valeurs tout en vivant dans un monde qui va très vite. J’ai envie de leur offrir des personnages qui leur ressemblent, qui disent “Bismillah” avant un contrôle, qui font des erreurs, qui doutent, mais qui se relèvent avec l’aide d’Allah, de leur famille et de leurs vrais amis.

À travers mes romans, j’essaie de montrer qu’on peut être musulman, sensible, drôle, courageux et vivre des aventures passionnantes sans renoncer à sa foi. Si, en refermant un livre, un jeune se sent un peu moins seul, un peu plus compris, et un peu plus fier de qui il est, alors j’ai atteint mon objectif.

Enfin des œuvres qui réconcilient divertissements, découvertes, aventures et valeurs spirituelles !

Qu’Allah récompenses ses auteurs de la communauté.

Jenna 5eA